Dont un à Marcay et les réseaux anti-OGM du département étaient sur le qui-vive de façon sympathique et non-violente le 5 aout. Compte-rendu d'un des militants anti-OGM que nous saluons au passage:
Nous avons fait le tour des parcelles de Marcay, en plusieurs fois et c'est au bout de plus de 20 test qu’on a découvert une des deux parcelles de maïs Bt.
Le test a viré mercredi 1er août, tous les copains de la région nous tannaient pour savoir quelle action le réseau du 37 allait faire et déjà nous commençions à nous dire que nous n'organiserions qu’un pique-nique.
Une semaine plus tôt le collectif a rassemblé une conférence de presse au CPIE à Seuilly, c'était en trois temps : Le matin : prélèvements, broyage de feuilles de maïs puis réception des journalistes vers 14h. Il y avait aussi un gendarme en civil, le chef de la brigade de Chinon. Il a été reconnu et présenté comme tel , je te dis pas le froid, ça l'a complètement déstabilisé.
Donc on découvre la parcelle, et nous décidons de la stratégie à suivre : Nous irons voir le propriétaire du champ, chez lui, en manifestation. Pour cela on organise une distribution de tracts et une info sur le marché médiéval de Chinon le samedi 4.
Samedi nous sommes reçu pendant le marché médiéval par les huiles de la gendarmerie et ils nous déconseillent d'approcher du champ le lendemain. Sur le marché, un bonne partie de l'après midi nous avons discuté, argumenté, plaisanté aussi avec des gens très favorables. 500 tracts plus tard, en route pour un collage d’affiches roses « Chinon Zone OGM ». Quelques affiches étaient encore en place ce matin dimanche 12.
Dimanche 5.
Nous nous retrouvons une soixantaine devant la mairie de Chinon à 11h, cercle de paroles, échanges d'infos et signature d'un courrier qui sera remit au gars. Nous l’appelons, ça fait deux fois que nous le contactons, là nous lui annonçons qu'on arrive pour lui remettre ce courrier. Sa réponse est claire, il ne veut pas avoir affaire à nous, nous devrons nous adresser aux gendarmes.
« - Ils sont là??
Vous verrez bien, j'ai ordre de pas vous parler ».
Vers 13h c’est l’arrivée sur la place du village de Marcay, en face de la mairie, survol d'un hélico. Un de nous, jamais le même appelle encore pour demander quand l’agri veut bien nous recevoir, c'est pas possible avant 15h30, il nourrit ses cochons...
Comme on travaille mieux le ventre plein, direction le lieu du pique-nique, un coin de verdure avec des étangs de pêche. Pendant ce temps une voiture va voir comment "ils" sont installés.
A coté de l'étang, les paniers s'ouvrent et les discussions fusent. On commençait à s'inquiéter pour eux quand les copains nous rejoignent. En fait les cochons avaient bizarrement déjà fini de manger et le transgéniculteur était ok pour recevoir les 4 qui se sont pointés, sauf qu'ils n'y allaient pas pour ça et qu'ils n'avaient pas la lettre.
Après le café, direction la parcelle: co-voiturage jusqu'au check-point déjà rencontré par les copains, on gare nos caisses sur le bas-coté et à pied nous allons à la rencontre d'une dizaine de gendarmes qui prennent nos identités, un quart d'heure de formalités sous un soleil de plomb et nous avançons joyeusement dans le hameau de Couesmé, vide d'habitants, toute fenêtres closes, sous le vol circulaire de l'hélico bleu.
Au milieu du hameau, vers la droite, plusieurs bagnoles sont garées en désordre au centre d'une petite parcelle, des fourgonnettes blanches à autocollants vantant les mérites de la vennerie, du déterrage ou de la nature-tradition; c’est le parking du comité d'accueil. Plus loin, tout en bleu, une bonne vingtaine de gendarmes attendent à l'ombre d'une haies de tuillas et sous un arbre encore trop jeune pour abriter tout ce monde. Deux colonels nous reçoivent aussitôt et organisent la rencontre avec le transgéniculteur. Nous sommes six délégués, deux paysans, une élue, un faucheur, Gilles et moi. Nous retrouvons quatre personnes assises sur la poutre d’un covercrop, tu sais, cet attelage très large avec des rouleaux dentelés, l’outil barre l’accès à une cour de l’exploitation. De loin on observe une tranchée qui semble profonde tout autour de la parcelle.
La discussion durera une bonne heure, calme, à l’écoute de part et d’autre, ne lâchant rien ni n’agressant l’autre, jusqu’au moment où l’agri dit :
« - Arracher ? J’ai des frais,
si j’arrache c’est 20 000 € ! !
Quel rendement escomptez-vous ?
120 quintaux /hectares !
Vous seriez prêt à arracher si on vous trouve une solution ?
J’ai une part de responsabilité, l’Etat à l’autre part, j’ai le droit de faire des OGM ! ».
En définitive, certes, un dialogue de mal entendants mais loin d’un dialogue de sourds. Sensible à la question de la toxicité éventuelle du grain, il nous a dit qu’il fera effectuer deux analyses, par deux labos indépendants, pour être sûr de ne pas refiler des toxines à ses bêtes.
Nous avons appris qu’il fournit des jeunes truies (cochettes) à des élevages Bio, et que pour l’alimentation de celles-ci il s’approvisionne en tourteau de soja sans OGM ! ! C’est le comble, il s’engage dans la culture d’OGM et revendique d’être clean sur une partie de son travail...
Des quatre personnages il faut t’en dire aussi un peu ; de droite à gauche: le frère assis les bras croisés, un bonhomme d’une quarantaine tout juste passée, le sourire, détendu, nous avons compris qu’il n’était pas favorable à cette culture, à sa droite le plus jeune des deux fils, comme son oncle il est détendu et semble dans la même disposition vis à vis des OGM même si ça reste difficile de les compter parmi les opposants. Par contre vient ensuite l’ainé, probablement en BTS, c’est lui qui visiblement voulait tenter l’expérience, renfrogné, nous regardant par en dessous, ses phrases courtes et cassantes trahissent un caractère volontaire et dur. Enfin le père, une petite cinquantaine, c’est lui qui a tranché la question de savoir s’ils « en feraient » ou pas. Il assume parfaitement son rôle, mais affirme qu’il ne recommencera pas l’expérience OGM, on a envi de le croire, ça fait deux jours qu’il ne dort pas. D’autres sources nous indiquent qu’il en aurait déjà fait les années précédentes...
Tout cela sous l’écoute bienveillante des deux colonels, d’une dizaine de gendarmes, d’un mec des RG mais sous le regard menaçant d’une trentaine de gros bras tenus à distance par trois pandores.
Nous remettons notre lettre pétition et après quelques minutes pour enfoncer quelques clous de plus, nous saluons ce monde. Cela c’est passé tranquillement, un peu tendu mais calme.
Les deux colonels et le gars des RG en sont comme ronds de flan, sitôt l’entrevue terminée ils affirment en avoir appris un sacré morceau sur les OGM et semblent presque vouloir nous féliciter d'avoir réussi un dialogue serein, là où ils attendaient une baston générale.
Dehors, sous l’ombre de la haie, les copains profitent de l’attente pour discuter OGM avec les bleus, aidés en cela par un voisin et son fils qui ont l’air encore plus remontés que nous. Nous échangeons nos impressions, la délégation apprend que la tonne à lisier manoeuvrée pendant l’entretien était prête à arroser les visiteurs. Les copains écoutent éberlués comment le gars nous a roulé dans la farine en gagnant du temps et en nous faisant croire qu’il pouvait faucher lui-même sa parcelle mais qu’il demandait une contrepartie pour le faire.
Improbable, in-envisageable pour certains, une piste à travailler pour les autres...